Pandémie de Covid-19 : Comment les jeunes au pair se sont-ils adaptés à cette période inédite ?

Impact de la pandémie de Covid-19 sur le monde des Au pair. Comment leurs expériences ont-elles été perturbées ?

Ayant moi-même commencé mon aventure au pair en février 2019, aux États-Unis et plus précisément en Arizona. Je voulais donner la parole à certains d'entre nous pour nous raconter leur quotidien durant cette période inédite. Pour ce faire, j'ai écrit et partagé un questionnaire pour recueillir leur ressenti. Dans cet article, je vais me concentrer sur cette aventure au pair aux États-Unis pendant la pandémie de COVID-19.

Être au pair
Être au pair pendant la pandémie mondiale de 2020
Un rêve qui vire au cauchemar
Relation avec les parents de notre famille d'accueil
Accompagnement LCC pendant le confinement
Peut-on devenir au pair pendant la pandémie ?
Crise sanitaire et expérience
Les bons côtés liés à la pandémie et au Covid-19 pour les pairs

1. Être au pair

Partir au pair signifie participer à un programme d'échange. Nous devons passer par une agence au pair puis remplir des critères particuliers pour valider notre visa J1 à l'Ambassade américaine à Paris. Pour faire simple, c'est vivre dans une famille d'accueil aux USA que vous avez choisie. Le travail que nous faisons consiste à nous occuper des tâches liées aux enfants de la famille. 45 heures par semaine pour environ 200 $, tout en étant logé, nourri et blanchi. Je suis arrivé en 2019, j'ai donc vécu ma première année sans la pandémie. J'ai donc profité de l'authentique aventure au pair. Cependant, j'ai vécu l'arrivée du COVID-19 aux États-Unis en mars 2020.

Profitez-en pour découvrir les 5 bonnes raisons de devenir au pair aux USA en cliquant ici.

2. Être au pair pendant la pandémie mondiale de 2020

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L'arrivée de la pandémie de COVID-19 a clairement perturbé nos échanges culturels et notre année au pair. Les États-Unis sont rapidement devenus l'un des pays les plus touchés au monde.

Chaque état aux États-Unis est dirigé par un gouverneur, c'est lui qui prend les décisions. En Arizona, nous sommes en plein mois de mars 2020, le gouverneur demande la fermeture totale de l'Arizona, avec la fermeture des bars, restaurants, événements. Très vite les masques sont devenus obligatoires dans les lieux publics et l'injonction de rester chez soi a été modifiée. Nous avons aussi vécu la guerre du papier toilette ici, les batailles pour avoir le dernier sac de pâtes dans les supermarchés, nous les pairs avons été contraints d'être confinés avec nos familles d'accueil. Mais alors comment ça se passe ?

3. Un rêve qui vire au cauchemar

Je voudrais aborder ici la pandémie vue à travers les pairs expatriés. Au début c'est "Enfermé avec les enfants 24h/24, école à la maison donc plus de (+) travail" annonce Magalie. En effet, la charge de travail a complètement bouleversé notre quotidien. Ainsi l'adaptation et le mental qui ont été mis à rude épreuve. "Il faut être fort mentalement et physiquement, c'était très compliqué moralement parlant d'être coupé de tout et de tout le monde pendant trois mois" souligne Eliona, fille au pair à San Francisco en Californie. Souvent nous nous sommes retrouvés sans horaire fixe, plus de repos avec une charge de travail considérable du lever au coucher du soleil.

Nous avons aussi un gros décalage horaire avec nos familles et amis qui sont restés en France. Nous n'avons aucun soutien physique, nous ne nous parlons pas beaucoup. Et l'inquiétude pour nos proches se fait sentir. J'ai récemment lu un article d'Aude Lasjaunias paru sur Le Monde avec des ressentis d'expatriés du monde entier : « Vivre l'épidémie en étant expatrié, c'est prendre de plein fouet la distance »

Dans la vie, il y a des épisodes que l'on redoute et que l'on ne veut jamais vivre.

J'ai perdu mon grand-père, un homme très important dans ma vie. Il n'avait pas le COVID-19. Heureusement, l'hôpital a accepté que ses deux fils et mon frère restent avec elle quelques jours pour lui dire au revoir. Chaque jour, j'étais au téléphone avec eux pour que nous puissions chanter ensemble leurs chansons préférées. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus, j'étais pétrifiée à l'idée de le perdre. L'impossibilité d'aller en France pour lui dire au revoir est l'un de mes plus grands regrets, le plus dur que j'ai eu à surmonter depuis mon expatriation. Il m'est impossible de faire mon deuil correctement. Je pensais tout abandonner et retrouver mon grand-père pour lui dire au revoir, c'était mon désir à chaque seconde. Être expatrié, c'est aussi perdre tous ces moments en famille.

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En ce qui concerne nos relations avec nos familles d'accueil, il n'y avait plus de barrières, comme nous l'explique Léna Feron, au pair en Californie. « Mon gamin qui vient me réveiller à 7h du matin en frappant à ma porte un dimanche matin pour que je lui prépare son petit-déjeuner… merci pour la pandémie et la perte de repères entre travail et temps libre ». C'est une rude épreuve pour nous pairs, mais elle a forgé notre caractère, ainsi que "le développement de notre patience" souligne-t-elle.

Pour nous, les enfants que nous considérons comme « nos petits frères et sœurs » évoquent Anne-Laure, Magalie, ou encore Flore Anne. Enfin, cet épisode nous a généralement permis d'entretenir une relation fusionnelle avec nos bouts de chou. L'expérience au pair se fait dans un premier temps pour découvrir le pays et se faire des amis du monde entier.

4. Relation avec les parents de notre famille d'accueil

La moitié des répondants au questionnaire ont déjà pensé et/ou ont changé de famille à cause du Covid-19 et de leurs relations dégradées avec leurs parents adoptifs. Certains ont même pensé à un aller-retour en France. Il y a une vraie dissonance entre l'amour que nous partageons avec nos familles d'accueil et la surcharge physique et mentale qui nous assaille. Familièrement, nos sentiments sont "Je ne t'aime pas non plus".


5. Accompagnement LCC (conseiller local en puériculture) pendant le confinement

Durant cette période de confinement, je n'ai eu aucune nouvelle de mon agence et plus précisément de mon LCC. Un LCC est une personne qui vous suit depuis votre arrivée aux USA, pour savoir si tout se passe dans les règles et qui est là pour vous accompagner tout au long de votre année. Je n'ai eu aucun retour ni message, pour savoir comment j'allais ou comment je me sentais. Un simple e-mail avec « Avez-vous fait 45 heures max ? Sinon, contactez-moi » c'est tout. Un manque surprenant de soutien des LCC pour leurs jeunes au pair. Cependant, mon cas n'est pas une généralité, car les trois quarts des LCC étaient présents pour leurs jeunes au pair d'après mon étude menée auprès des principales concernées. Ce qui est un très bon signe. En effet, il ne faut pas oublier que les LCC ont des modes de fonctionnement très différents.

6. Nouvelles filles au pair

Les jeunes au pair déjà sur le territoire américain bénéficiaient d'une prolongation de 6 mois après leurs deux ans d'aventures s'ils le souhaitaient. En effet, cela permet aux familles présentes sur le territoire de toujours trouver des au pairs alors que les frontières entre la France et les USA sont fermées. Actuellement, aucun nouveau jeune au pair n'est autorisé à entrer aux États-Unis. Seuls les visas NIE (National Interest Exeption) sont délivrés, c'est-à-dire pour les jeunes au pair qui se rendent dans des familles prioritaires telles que le personnel hospitalier.

7. Crise sanitaire et expérience

Être au pair c'est être en immersion totale, il ne faut pas l'oublier. « L'expérience au pair est riche en tout point et surtout en émotions » raconte Louanne Berlot, ancienne au pair en Californie et en Pennsylvanie. Cependant, garder des enfants et vivre avec une famille d'accueil peut avoir ses inconvénients. En réalisant ce questionnaire, je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul à supporter difficilement mon expérience car « il faut quand même avoir les épaules solides et encore plus avec la pandémie, ça nous oblige à prendre beaucoup plus sur nous, on se sentir encore moins libre, en terme d'indépendance on peut l'oublier » acquiesce-t-elle.


Les filles au pair qui ont répondu à ce questionnaire m'ont laissé des anecdotes vraiment hilarantes.
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L’école à la maison – Mai 2020

 

 

 

 

 

 

 

"Ma mère d'accueil a compris que j'allais faire l'amour dans la voiture. Quand je disais juste que j'étais content d'avoir la "voiture sexy". Nous avons surnommé l'une des voitures comme ça "Julie Mancip au pair à Denver dans le Colorado".

"Un de mes petits n'a pas voulu serrer la main de son petit frère 'à cause du Covid'. Fou rire de la semaine 😂” Flore-Anne

Et la meilleure anecdote revient à Eliona « Mon père d'accueil a mis la nourriture en quarantaine à l'extérieur pendant 3 jours. Et tout désinfecté 4 fois…

Blague à part, j'ai posé LA question ultime, car après tout, nous sommes devenus au pair pour découvrir les USA.

Pouvez-vous voyager en tant qu'au pair aux États-Unis pendant la pandémie de COVID-19 ?

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Julia nous raconte qu'elle « a pu voyager plus car le coût total est beaucoup plus raisonnable à cause de la crise ! ». Cependant, pour le reste d'entre nous, il est plus difficile de combiner cette période avec des voyages. Cela change complètement la donne de ce programme basé sur l'échange et la découverte. "Plus de voyages, plus d'activités, hôte papa parano, être très prudent et nombre d'amis limité" dit Eliona. « Moins de déplacements, pas possible d'aller chez des amis pour une soirée et passer la nuit, avoir des enfants beaucoup plus souvent. Moins de temps pour découvrir les États-Unis. dit Léna. "Plus de réunions, plus de sorties, complètement isolés, les enfants H24" poursuit Anne-Laure Terrier.

Au pair rime avec salaire… non c'est une blague, étant au pair on n'est généralement payé que 200$ par semaine pendant 45h.. Mais en cette période de confinement, je ne me voyais pas gagner plus de 200$ alors que je travaillais bien plus 45 heures du lever au coucher du soleil, de jour comme de nuit. J'étais enfin considérée comme la grande sœur. Heureusement, certaines familles d'accueil ont été généreuses avec le travail fourni par leurs au pairs. Ceux-ci ont parfois été augmentés de 50 $. Cette période de confinement a été un cauchemar mais voyons les bons côtés.

8. Les bons côtés de la pandémie de Covid-19

Néanmoins, je voudrais terminer sur une note positive. Cette expérience a forgé notre caractère, notre personnalité de jeunes adultes, croyez-moi, ce n'est pas une mince affaire que de vivre à l'autre bout du monde, sans contact, sans amis, sans famille et surtout sans soutien ! Mais c'est aussi le moment idéal pour découvrir une face cachée de notre personnalité et sortir de notre zone de confort. On en apprend plus sur soi, on s'évade différemment. Par exemple, à travers des randonnées ou des activités de plein air pour les personnes qui n'y étaient pas habituées. "Personnellement je trouve ça génial (si vous aimez faire des activités dans la nature)" s'exclame Julia.

Pour terminer cet article, il convient de noter que les prix des vols aériens ont chuté de centaines de dollars. C'est aussi là que beaucoup ont pu réserver leurs billets à l'avance et à moindre coût comme nous le dit Julia « c'est le meilleur moment car les avions ne sont pas chers et les hôtels non plus !!! Le meilleur moment pour voyager quand vous êtes une fille au pair pauvre !!!".

Vous trouverez ici notre chaîne YouTube avec des vidéos filmées pendant la quarantaine. Les vidéos sont filmées avec ma famille d'accueil, Jennifer ma mère d'accueil et les jumeaux.

Je tiens à remercier toutes les femmes qui ont répondu à mon questionnaire et qui m'ont permis d'illustrer cet article. Dites-moi dans les commentaires, comment vous, au pair, ou expatrié avez géré la distance avec la France ?

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